Chats de lettres 18

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Chats de lettres 18

Où il est question de chats…

Le point de vue de Jean-Jacques Rousseau

"Voyez un chat entrer pour la première fois dans une chambre ; il visite, il regarde, il flaire, il ne reste pas un moment en repos, il ne se fie à rien qu'après avoir tout examiné, tout connu. Ainsi fait un enfant commençant à marcher, et, entrant pour ainsi dire dans l'espace du monde. Toute la différence est qu'à la vue, commune à l'enfant et au chat, le premier joint, pour observer, les mains que lui donna la nature, et l'autre l'odorat subtil dont elle l'a doué. Cette disposition, bien ou mal cultivée, est ce qui rend les enfants adroits ou lourds, pesants ou dispos, étourdis ou prudents."
Émile ou de l'éducation, 1762.

Celui, original, de l'auteur du Tableau de Paris

Rats

La quantité de rats qui sont dans Paris (je ne parle pas de ceux qui logent dans les cervelles) surpasse l’imagination. Cachés pendant l’hiver le long des quais dans des piles de bois, ils descendent en été au bord de la rivière : là ils sont d’une grosseur démesurée. Des peuplades entières vivent dans ces souterrains, et y forment des excavations remarquables ; ils entrent dans les caves quand la rivière hausse, et y rongent tout ce qu’ils trouvent. Aussi dans ces quartiers voisins de l’eau faut-il une armée de chats pour combattre cette armée de rats. Ceux-ci sont d’une telle stature, qu’ils ne tremblent plus devant le plus fier Raminagrobis, et le combat se livre à forces presque égales. Les servantes sont obligées d’accumuler les ratières, et de redoubler de soins pour dérober la provision de chandelle et les aliments à la dent vorace de ces animaux : ils pullulent au point que plusieurs maisons en sont incommodées, et de manière à redouter le sort de l’ancienne Égypte. En vain un grand homme se promène dans les rues avec une longue perche garnie de rats morts que le poison a gonflés ; le remède est pire que le mal. L’arsenic ou la mort-aux-rats indiscrètement répandus dans les caves presque banales occasionne trop d’accidents pour qu’on n’en revienne pas à l’animal hypocrite dont Moncrif fut l’historiogriphe.

Aussi tandis que le bas des maisons est habité par une espèce rongeante, les toits regorgent de chats et de chattes, qui, par leurs miaulements, interrompent votre sommeil. Quelquefois dans le jour, au milieu de leurs ébats amoureux, ils tombent dans les cours, et vous recevez sur le dos un matou vaincu que son fort et heureux rival a précipité d’une gouttière […]

Quelquefois dans le cimetière des Innocents, où cinquante mille têtes de morts sont rangées en amphithéâtre, il apparaît un prodige ; c’est une tête de mort qui remue ou qui roule toute seule, et le peuple d’accourir. C’est un rat qui s’est logé dans le crâne, et qui ne peut en sortir aussi facilement qu’il y est entré. […]

Chapitre CDXXII du Tableau de Paris

Texte à retrouver dans son intégralité (ainsi que celui de Buffon) dans notre anthologie…

Celui de l'incontournable Buffon

Le Chat est un animal domestique infidèle, qu'on ne garde que par nécessité, pour l'opposer à un autre ennemi domestique encore plus incommode et qu'on ne peut chasser : car nous ne comptons pas les gens qui, ayant du goût pour toutes les bêtes, n'élèvent des chats que pour s'en amuser ; l'un est l'usage, l'autre est l'abus ; et quoique ces animaux, surtout quand ils sont jeunes, aient de la gentillesse, ils ont en même temps une malice innée, un caractère faux, un naturel pervers, que l'âge augmente encore et que l'éducation ne fait que masquer. De voleurs déterminés, ils deviennent seulement, lorsqu'ils sont bien élevés, souples et flatteurs comme les fripons ; ils ont la même adresse, la même subtilité, le même goût pour faire le mal, le même penchant à la petite rapine ; comme eux ils savent couvrir leur marche, dissimuler leur dessein, épier les occasions, attendre, choisir, saisir l'instant de faire le mal, se dérober ensuite au châtiment, fuir et demeurer éloignés jusqu'à ce qu'on les rappelle. Ils prennent aisément des habitudes de société, mais jamais des mœurs : ils n'ont que l'apparence de l'attachement […]
Les jeunes chats sont gais, vifs, jolis et seraient aussi très propres à amuser les enfants si les coups de patte n'étaient pas à craindre ; mais leur badinage, quoique toujours agréable et léger, n'est jamais innocent, et bientôt il se tourne en malice habituelle [...]
Leur naturel, ennemi de toute contrainte, les rend incapables d'une éducation suivie [...]"

Histoire naturelle, générale et particulière, (1749-1767)

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